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Baudelaire — Gaspard de la Nuit · Les Paradis artificiels · La modernité comme blessure

Dernière mise à jour : 17 mai


Baudelaire : Le poète du Spleen
Baudelaire : Le poète du Spleen

Charles Baudelaire. Paris. 1821-1867.

Père mort à six ans. Beau-père militaire détesté. Héritage dilapidé en deux ans. Sous tutelle financière toute sa vie. Condamné pour Les Fleurs du Mal treize jours après leur parution. Mort paralysé et aphasique à quarante-six ans, incapable de dire autre chose que Cré nom.

Et pourtant — il a inventé la modernité. Pas le mot. La définition philosophique.

L'homme — une vie comme poème maudit

Né à Paris en 1821. Son père — François Baudelaire — a soixante et un ans quand Charles naît. Un homme cultivé, fonctionnaire, peintre amateur. Il emmène le petit Charles dans les musées. Il lui apprend à regarder. Il meurt quand Charles a six ans.

Sa mère se remarie dix-huit mois plus tard avec le commandant Aupick — militaire de carrière, rigide, ambitieux. Baudelaire le déteste avec une constance absolue. Cette figure de l'intrus dans la relation fusionnelle avec la mère va marquer toute sa poésie.

À dix-huit ans — voyage en mer vers l'Inde. Il s'arrête à l'île Maurice et à La Réunion. Refuse d'aller plus loin. Ce voyage lui donne le parfum des tropiques. Jeanne Duval — sa grande amante d'origine haïtienne — porte quelque chose de ce voyage. La beauté comme dépaysement absolu.

À vingt et un ans — il touche son héritage. Cent mille francs. Dépensés en deux ans. Un conseil judiciaire est nommé. Baudelaire sera sous tutelle financière jusqu'à sa mort. En 1857 — Les Fleurs du Mal. Condamné treize jours plus tard. Six poèmes censurés. Jamais rétablis de son vivant.

Gaspard de la Nuit — la naissance du poème en prose

Avant d'entrer dans Baudelaire lui-même — il faut parler d'un livre que la plupart des gens ne connaissent pas. Un livre sans lequel Les Fleurs du Mal et les Petits poèmes en prose n'existent pas tels qu'ils sont.

Gaspard de la Nuit d'Aloysius Bertrand. 1842. Bertrand écrit pendant dix ans des fantaisies en prose poétique. Des miniatures gothiques, médiévales, nocturnes, hallucinées. Des scènes de villes flamandes au clair de lune. Des sorcières, des alchimistes, des beffrois dans la nuit. Il meurt à trente-quatre ans de tuberculose en 1841, sans avoir vu son livre publié.

Ce que Bertrand invente — et que personne n'avait fait avant lui — c'est le poème en prose. Pas de la prose qui aspire à la poésie. Un objet nouveau — rythme intérieur et densité de la poésie, liberté et espace narratif de la prose. Baudelaire lit ce livre. Et quelque chose se brise et s'ouvre en lui.

Dans la dédicace de ses Petits poèmes en prose — Le Spleen de Paris — il cite Bertrand. Il lui rend hommage. Il retourne cette forme vers la modernité. Vers Paris. Vers les foules. Vers la vieille femme que tout le monde dépasse. Vers la beauté cachée dans ce que la vitesse empêche de voir.

Les Paradis artificiels — la philosophie de la drogue

1860. Les Paradis artificiels. Sous-titré Opium et haschisch. Un essai philosophique sur les états modifiés de conscience. Baudelaire a fréquenté le Club des Haschischins — qui réunissait Gautier, Nerval, Dumas. Il ne vante pas les paradis artificiels. Il les condamne — d'une façon bien plus subtile que la condamnation morale ordinaire.

Sa thèse fondamentale — les paradis artificiels donnent l'illusion d'avoir créé, pensé, senti, sans que rien de réel ait été accompli. Le haschisch n'agrandit pas la conscience. Il amplifie ce qui est déjà là. Vide amplifie le vide. Mélancolie amplifie la mélancolie.

Le haschisch ne révèle à l'individu rien que lui-même.

La vraie profondeur coûte quelque chose. Elle exige le travail. La souffrance consentie. Le regard affûté par des années d'attention. Pas de raccourci vers nulle part.

La modernité comme philosophie

Dans Le Peintre de la vie moderne en 1863, Baudelaire définit la modernité d'une façon qui reste valable aujourd'hui.

La modernité, c'est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l'art, dont l'autre moitié est l'éternel et l'immuable.

Avant Baudelaire — le grand art cherche l'éternel. Baudelaire dit — l'art vrai saisit le transitoire. Le geste d'un passant. La lumière d'un soir de novembre sur les pavés mouillés de Paris. Et dans ce fugitif — si on le regarde vraiment — se cache quelque chose d'éternel.

Walter Benjamin développera cette idée un siècle plus tard — le flâneur, les Passages parisiens. Baudelaire est pour lui le poète de la modernité par excellence. Rimbaud le lit à quatorze ans et sa vie en est bouleversée. Dans la lettre du Voyant en 1871 — Baudelaire est le premier voyant, roi des poètes, un vrai Dieu. Nietzsche le lit et le cite comme essentiel. Le symbolisme entière — Verlaine, Mallarmé, Valéry — vient de là.

Ce qu'il nous laisse

Dans un monde qui accélère, qui distrait, qui offre des paradis artificiels à chaque coin d'écran — combien de fois par jour est-ce que tu regardes vraiment ? Pas photographier. Regarder. La beauté est dans la façon dont la lumière tombe sur quelque chose d'ordinaire. Dans le geste d'un inconnu. Dans le parfum d'une chose qui n'existe plus.

Cette beauté exige quelque chose de toi. Elle exige que tu sois là. Vraiment là.

Il faut être toujours ivre. De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.

Épisode complet sur Spotify — 20 minutes — gratuit. Abonnez-vous à Kapsule, la philosophie incarnée par Hugo, fondateur de Kumarila Yoga & Pilates à Toulouse et en Guadeloupe. kumarila.club/kapsule-podcast

 
 
 

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